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Pensée chinoise
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Mencius ou de l’Education :
la morale au service du politique

 
Sa vie
 

Mencius est originaire de la même région que Confucius, dans la province chinoise de Shandong, au pays de Lu. Il naquit à l’époque des Royaumes combattants en 372 avant notre ère. Issu d’une famille noble, son père mourut très tôt et c’est donc sa mère qui l’éduqua. Il n’est pas anodin de souligner ce point du fait que sa mère se dépensa sans compter pour l’éduquer, n’hésitant pas à rechercher ce qu’il y avait de meilleur et déménageant ainsi trois fois à la recherche d’un environnement plus favorable aux études. Elle sacrifia nombre d’aspects pour son fils et il semble qu’elle était très stricte, ce qui alimente les légendes sur son mode d’éducation et son influence sur la pensée de son fils.
Mencius s’adonna quasiment entièrement à l’enseignement. Il n’hésita pas à cheminer paemi les différents royaumes pour y présenter sa pensée essentiellement politique et son enseignement pendant plus de 20 ans. Ainsi, il devint très rapidement connu et sa renommée fut grande au point qu’on le cherchait pour le suivre, l’écouter, le rencontrer... On raconte même que « des dizaines de chars et des centaines de personnes suivaient le sien. »
Il est unanimement admis que partout il était accueilli avec respect, déplaçant la foule en masse, et pas uniquement les érudits. Toute une partie de sa vie ressemble étrangement à celle de son maître Confucius. Par exemple, à la fin de ses jours il retourna s’installer dans sa région natale et se consacra exclusivement à l’enseignement et à ses écrits. On rapporte encore que « transmettre les talents reçus du Ciel » était pour lui source de joie puisque c’est là que son existence prenait tout son sens, en vertu de ce qu’est l’humain.
Il précisa sa pensée par écrit, aidé de ses disciples, afin de consigner et transmettre ce qu’il tenait pour essentiel dans le domaine éthique et politique. Sa pérénnité n’est plus à faire et c’est tout le monde chinois qui, à juste titre, le considère comme une des grandes figures de l’éducation de son époque. Il mourut en 289 avant notre ère, à l’âge de 83 ans. Toute sa vie il vénéra Confucius et répétait sans cesse : « Depuis que l’humanité existe, nul n’a encore égalé maître Kong (...) Ma seule ambition est de suivre son exemple. »
 

  Sa pensée
 

Mencius, en réalité, a développé la pensée de Confucius. Il a détaillé certains aspects de l’enseignement du Maître, les systématisant et élaborant ainsi ce qu’on appelle un « idéalisme subjectif ». Son point de départ est capital, pour comprendre sa position et tout son enseignement. Il constate à partir des dires de Confucius que l’homme est naturellement bon. La nature humaine elle-même n’est que bonne. Sa théorie de la bonté naturelle (xingshan) de l’humain se fonde sur l’idée que les vertus sont innées et qu’il appartient à chacun de les cultiver. Le comportement correct de l’homme est même de chercher à les développer, les mettre en pratique, les encourager pour épanouir pleinement l’humain en chaque homme. Humanité (ren), intégrité (yo), respect des rites (li) et sagesse (zhi) sont ces qualités humaines que partage tout un chacun. Ainsi, la finalité de l’éducation pour Mencius est de mettre l’accent sur l’aspect moral afin de former des gens de bien, sachant tenir leur rang dans la société. Nous devons souligner ici que la morale est d’emblée au service de la politique. Car ce qui est en filigrane dans tout le système de Mencius, c’est l’unification du royaume chinois, ce qui nécessitait des dirigeants vertueux, humains et éduqués. Aussi, ses idéaux politiques basés sur la pensée de Confucius s’en détachent néamoins en cela qu’il construit un système, un idéal, là où Confucius cherchait la vie réelle la plus parfaite possible. Ainsi, pour Mencius, pour gouverner avec humanité, il fallait d’abord dispenser une bonne éducation, le but étant de gagner les coeurs. Car pour obtenir le « mandat du Ciel » il fallait le soutien du peuple.
 

 

-Fondement et principes de l'éducation morale
Dans la pensée de Mencius tout repose sur un certain idéalisme subjectif. En effet, selon lui, le caractère relève de l’inné en chaque être humain. La situation de chacun n’est pas une question morale en premier lieu mais naturelle. L’homme est partie intégrante de la nature, les hommes et le Ciel constituent un tout. Ainsi, l’éducation morale que propose Mencius va consister à accepter individuellement sa nature, ce dont le Ciel a pourvu chacun et qui ne relève pas en premier lieu d’un mérite ou de la volonté personnelle. Par contre, et c’est là que son idéalisme subjectif est le plus prononcé, chacun doit personnellement chercher en lui-même, tout mettre en oeuvre pour développer et épanouir les qualités, ces bonnes dispositions que nous possédons et qui sont sous notre responsabilité, pour ainsi dire. Et cette responsabilité se décline selon divers principes éthiques :
- Conserver sa bonté naturelle et maîtriser ses désirs.
Dans un tel système éthique, Mencius met l’accent sur la maîtrise de ses désirs afin de ne pas se laisser dominer par eux. Dans une conception subjectiviste, en effet, réussir à se maîtriser est considéré comme le meilleur moyen de conserver ce que l’on est naturellement, en l’occurence cette bonté naturelle originelle. Attention, il ne faut pas se méprendre. Mencius, au coeur de son système prône une juste mesure, un bon équilibre qui est celui-là même de la nature. Il ne s’agit pas d’une négation pure et simple des désirs.
- Regarder en soi-même
A partir de là, comment progresser, d’un point de vue moral ? Mencius encourage la réflexion de conscience : il reprend ce leitmotiv de Confucius qui invitait ses disciples plusieurs fois par jour à un regard réflexif et consciencieux sur leurs activités. Mencius érige ce conseil du maître en règle morale car il y décèle un moyen important de s’améliorer et de s’épanouir moralement mettant l’accent sur l’amour, le respect, les études et la sagesse.
- Se repentir et se corriger
Mencius organise dans un système strict le comportement de chacun et moralise ainsi la nature humaine. Tout est considéré d’un seul point de vue moral. Ainsi, ce qui n’est pas selon la règle établie tombe inévitablement dans le domaine de la faute morale ; nous avons, avec Mencius, pour ainsi dire une dialectique entre le bon et le reste, alternative réductrice puisque la seule et unique lecture proposée est celle de la grille morale. Toutefois, selon Mencius, il est possible de se repentir, en prenant conscience du mal de notre action et en éprouvant notamment de la honte. Celui qui a commis une faute doit se corriger pour être à nouveau en harmonie avec la vertu, c’est-à-dire la bonté naturelle originelle, ce qui était pour Mencius la quête d’un « coeur pur ».
- Développer la grandeur naturelle de l'âme
Mencius insiste sur un autre point : l’humain est bon naturellement. Toutefois, il doit s’épanouir et s’améliorer, faire fructifier ce qui est bon en lui. Si la faute morale est bannie, la médiocrité et la tiédeur le sont également. L’homme, de par sa nature, doit avoir du caractère, de l’énergie pour être pleinement vivant. Justice, sagesse et grandeur morale sont l’objectif principal à atteindre par tout un chacun. Et Mencius d’ajouter, nul ne peut se reposer sur un tel sentier du fait que la finalité visée n’est pas affaire de possession mais de rapprochement indéfini.
- La volonté à l’épreuve
La vie n’est pas un long fleuve tranquille. Le sentier de notre existence est semé de mille embûches qui sont autant d’épreuves pour la nature de l’homme. Il ne doit pas se résigner, insiste Mencius, mais au contraire persévérer et acquérir par le fait même la sagesse. Etre blasé ou découragé sont des vices qu’il faut bannir car ils traduisent justement un manque de caractère et entraînent l’humain à la dérive, c’est-à-dire vers la perte de cette bonté naturelle, la vertu étant le moyen privilégié – dans une telle conception de l’éducation morale – pour venir à la rescousse de l’homme.

Une telle conception montre combien l’idéalisme subjectif de Mencius était centré sur la morale. Il a même développé toute une pédagogie éducative afin de mettre sa pensée au service du politique

- Une pédagogie...
Mencius a une grande expérience de l’enseignement et de l’éducation en général. Fort de cette connaissance pratique, il a voulu dressé les bases méthodiques d’un enseignement qui puisse être le modèle parfait de formation des dirigeants.
- Il a repris de Confucius cet adage qui est de savoir en premier lieu à qui l’on s’adresse, pour adapter son enseignement aux aptitudes de chacun, avec souplesse.
- Avoir des critères élevés et rigides afin d’encourager l’entreprise et l’initiative, pour que l’étudiant soit lui-même acteur principal de son apprentissage.
- Enseigner à l’étudiant ce qu’il doit savoir mais ne connait pas encore à partir de la base de ce qu’il sait.
- Illustrer le contenu de l’enseignement par des exemples, des comparaisons ou encore des analogies. Pour Mencius en effet la connaissance théorique est fondée sur le savoir concret et pratique.

... au service de la politique
Alors l’étudiant saura où l’enseignant veut en venir et pourra apprendre par lui-même. Le rôle de l’éducation n’est pas uniquement celui d’instruire mais davantage celui de former l’humain à exploiter ses qualités naturellement bonnes. Le bon dirigeant est celui-là même dont les vertus sont développées et épanouies au point d’être capable d’orienter ses sujets dans la même voie de bonté. Ainsi, selon Mencius, le bon souverain doit être d’abord un bon éducateur. Ses idéaux politiques basés sur la pensée de Confucius s’en détachent néamoins en cela qu’il construit un système, un idéal, là où Confucius cherchait la vie réelle la plus parfaite possible. Ainsi, pour Mencius, gouverner avec humanité, cela passait par une bonne éducation dont le but premier était de gagner les coeurs. Car pour obtenir le « mandat du Ciel » il fallait le soutien du peuple. Nous nous rappelons encore que si sa pensée prend sa source dans la sagesse de Confucius, elle est surtout dictée par cet idéalisme subjectif qui place l’homme au coeur de la bonté naturelle et dont la vie consiste à s’en écarter le moins possible.

   
 

Place et influence de Mencius

 

Mencius fut un grand éducateur de l’époque des Royaumes combattants dont les apports sont d’une portée exceptionnelle. Tout comme celle de Confucius, sa pensée connut un assez grand rayonnement dans le monde. D’ailleurs, à partir de la fin de la dynastie des Song, alors que le système politique et économique féodal était sur son déclin, le pouvoir éleva le Mencius (le recueil de ses écrits) au rang de « classique », qu’il fallait avoir lu et maîtriser pour réussir les concours impériaux. Mencius faisait figure de seul continuateur orthodoxe du confucianisme, leurs deux doctrines étant associées sous une dénomination commune : « la Voie de Confucius et de Mencius » (Kong Meng zhi dao).
Dans le domaine de la pédagogie, nous avons vu ce qu’il prescrivait tant aux élèves qu’aux éducateurs. Ce principe scientifique tenu par Mencius est encore observé de nos jours, deux millénaires plus tard. Les enseignants, disait-il, doivent aimer leur métier, bien s'occuper de leurs élèves, posséder un vaste savoir et l'enrichir sans relâche, montrer l'exemple - autant de préceptes qui ont été un grand apport à l’entreprise éducative de la nation chinoise et que beaucoup de sociétés perdent de plus en plus passant de l’éducation à l’instruction.
Le système élaboré par Mencius a pour noyau central la bonté originelle de la nature humaine. En faisant une lecture exclusivement morale et politique, il a posé les bases d’un système cohérent. Cette conception de la pédagogie exerce encore aujourd’hui dans le monde chinois une profonde influence et demeure d’actualité, même si certains aspects ont été modifiés et subi une adaptation nécessaire à la modernisation.

Ainsi, pour conclure et à titre d’exemple, chaque année depuis dix-sept ans, à Taiwan, est encouragé le développement des vertus telles que la piété filiale dans une sorte de compétition nationale sanctionnée par une remise de prix. Ce qui est comme un écho adapté des préceptes de Mencius.

   
 

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